Pierre Bellanger, le fondateur et pédégé de Skyrock, était au tribunal correctionnel de Paris lundi 6 octobre, jugé pour « corruption de mineur ». Portrait d'une grande gueule.
Beaucoup d'ados s'endorment régulièrement le poste de radio allumé, le son réglé au minimum, fréquence Skyrock. Bas débit oui, parce qu'en général, les parents n'approuvent pas les conseils de sexe donnés par Difool et sa bande. Que nenni ! qu'ils soient d'accord ou pas, on écoute. Skyrock, née en 1985, est la radio française la plus écoutée par les 15-24 ans, avec plus de 4,2 millions d'auditeurs par jour. De quoi se frotter les mains pour Bellanger, et demander, il y a quelques années, des fréquences supplémentaires pour accroître, encore, l'audience. Sans réponse, le patron avait entamé une grève de la faim devant les locaux du CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel). Le CSA, il estime en être la victime. A cause de la liberté de ton sur l'antenne. Et régulièrement, on entend des animateurs se plaindre du manque de souplesse du Conseil Supérieur. Sauf que, quand un journaliste demande à parler à un animateur de la station, la radio est un peu capricieuse. « C'est une des règles d'or de notre radio, les animateurs ne communiquent pas », indique à Bakchich une standardiste. En matière de liberté d'expression, peut mieux faire !
Du chiffre et du fric
Bellanger a fait de Skyrock une radio de rap aussi séduisante pour les ados que pour les investisseurs. Son actionnaire principal est Axa Private Equity, lui ne contrôle que 30 % du capital. Ce qui ne l'empêchait pas de faire, en 2007, 35 millions d'euros de chiffre d'affaires. Et s'octroie 400 000 euros de salaire annuel. Autant dire que notre pédégé vit confortablement.
Du chiffre et du fric donc. Pourtant, Bellanger fut l'un des pionniers des radios libres. En 1980, il créait, en partenariat avec Le Monde, Radio Cité Future ; l'année suivante, il fonde La Voix du Lézard. Dont, malgré ce qu'il claironne, il a abandonné l'esprit de liberté. Ce qui fait dire au journaliste Aymeric Mantoux, auteur du livre NRJ, l'Empire des ondes : « Bellanger, c'est un mentor pour Jean-Paul Baudecroux, le fondateur de NRJ ».
Skyrock, c'est une radio, mais aussi un groupe. Dont fait partie un site internet, skyrock.com, appelé par Bellanger « réseau social ». C'est le premier site français en pages vues sur les 15-24 ans, avec 20,5 millions de visiteurs uniques mensuels et 7,5 milliards de pages vues par mois. Et sa plateforme de blogs, skyblog, est la plus importante d'Europe.
Vert, tendance rosette
En plus de ses activités directement liées à son groupe, Bellanger s'investit en politique. En 1993, il se présente aux élections législatives de Lille, comme candidat écolo (8,2 % des suffrages). Son côté militant sans doute, qui date des années 1970, du temps où il écrivait pour le canard écolo La Gueule ouverte.
En 2006, il est nommé au Conseil d'analyse stratégique des industries culturelles et de la communication par Renaud Donnedieu de Vabres, le ministre de la Culture et de la Communication de Villepin.
Nouvelle manière de s'engager sans risques, Pierre Bellanger est à l'origine du plan « Alerte Enlèvement ». Annonce diffusée sur les médias français en cas d'enlèvement d'enfant. Toutes ces activités, sûrement épuisantes, finissent heureusement par être récompensées. Le 14 juillet 2008, Pierre Bellanger est promu Chevalier de la Légion d'Honneur, par le ministère de la Culture et de la communication...
Et c'est Anne Méaux, grande prêtresse du Cac 40, qui défend son image.
Groupe femmes
Reste sa vie privée, qui lui vaut de se retrouver devant le tribunal. Depuis 1995, il vit en « polygamie choisie ». Avec des femmes, toutes consentantes. Sauf une, peut-être, Laetitia. En 1999, cette jeune femme de dix sept ans intègre le "groupe femmes" de Bellanger, par le biais de sa soeur aînée, qui fait partie du harem.
Laetitia vit chez sa mère et ne vient que le week end. Les autres habitent ensemble, dans un grand appartement surnommé Halcyon, en banlieue parisienne. Leur manière de vivre,sur fond de relations de maître (Pierre Bellanger) à esclaves (les femmes), avec des exercices ou punitions régulières, n'est pas d'un total conformisme !
En février 2003, la jeune Laetitia dépose une plainte contre lui, pour viol. Elle ne demande qu'un euro symbolique. Elle perd le procès. Une nouvelle plainte est déposée, à la demande du parquet. Pour « corruption de mineur ». A savoir, selon l'article 227-22 du code pénal, « Le fait de favoriser ou tenter de favoriser la corruption d'un mineur (...), ou le fait, commis par un majeur, d'organiser des réunions comportant des exhibitions ou des relations sexuelles auxquelles un mineur assiste ou participe. »
Le procès, qui s'est tenu lundi 6 octobre en correctionnelle au Palais de justice de Paris, est, de l'avis même du représentant du Parquet, « particulièrement difficile à juger ». Tensions, aphorismes philosophiques de bas étage, pleurs de la jeune femme, témoignages des femmes et ex-femme de l'accusé (en sa faveur), pratiques sexuelles du groupe détaillées... A plusieurs reprises, la présidente du tribunal rappelle que « monsieur Bellanger n'est pas jugé pour sa façon de vivre mais pour avoir essayé de l'imputer à une jeune mineure ».
Autrement dit, la communauté de polygamie est-elle devenue une secte au fil des années ?
Un peu pour le parquet, pas du tout pour l'avocat de Pierre Bellanger, William Bourdon, qui explique que leur communauté reste ouverte, que les femmes sont entièrement libres de partir et que Laetitia ne vivait pas avec eux.